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24/12/2015
MONDE
Scénario macro-économique 2016-2017
Notre scénario n’est pas exagérément pessimiste : il n’est que réaliste. Il observe un monde nouveau, de surcroît politiquement et géopolitiquement chaotique. Il n’y a pas de locomotive mondiale puissante, susceptible de tirer des wagons dans lesquels finiraient par monter les derniers passagers. Circonstance aggravante : délaissé par son collègue budgétaire, le mécanicien monétaire est désespérément seul à la manoeuvre.

L’état du monde : morcelé et atonique

L’année 2015 n’aura pas été celle d’une synchronisation harmonieuse des rythmes de croissance. Celle-ci se serait stabilisée à un niveau enviable aux États-Unis (2,5%), aurait accéléré en Europe (1,5%) et fléchi dans le monde émergent (3,8%). In fine, elle se serait située autour de 3%. On peut certes espérer avoir très récemment franchi le creux du cycle industriel, mais il ne faut pas escompter un enchaînement dynamique et vertueux dans lequel la croissance de quelques-uns se traduirait par des importations vigoureuses entraînant dans leur sillage la croissance des retardataires. Chacun des grands pays, chacune des grandes zones semble ne devoir compter que sur ses propres forces. Et observe, avec une légère anxiété, les risques potentiels que recèle le reste du monde. Ce monde qui croîtrait au rythme de 3,3% en 2016, puis de 3,6% en 2017.

Les pays développés : un si précieux consommateur

Tout d’abord, une bonne nouvelle pour les pays consommateurs de pétrole : ils profiteront encore en 2016 d’une énergie bon marché. Un ingrédient majeur pour des économies dans lesquelles le consommateur reste le principal soutien à la croissance.

Aux États-Unis, la croissance s’appuie doublement sur les ménages. Elle se nourrit de leur consom-mation toujours solide et de leur investissement résidentiel. En revanche, elle souffre déjà sensi-blement de l’appréciation du dollar. La croissance devrait ainsi s’infléchir très légèrement (2,4% en 2016) sous réserve que les risques, essen-tiellement extérieurs (et se traduisant in fine par une nouvelle appréciation du dollar), ne se matérialisent pas.

Dans la zone euro, profitant d’un environnement particulièrement propice (faiblesse du prix du pétrole et de l’euro, politique monétaire très accommodante), le redressement cyclique de la consommation, principale source de croissance, s’accompagne enfin d’une reprise très progressive de l’investissement. Celle-ci est néanmoins insuffisante pour induire un cercle vertueux et générer une accélération durable de la croissance. Cette dernière se heurte, en outre, aux faiblesses structurelles persistantes dans de nombreux pays (chômage élevé, déficit de compétitivité, dette privée encore importante, finances publiques dé-gradées). La croissance s’établirait ainsi à 1,6% en 2016.

Les pays émergents : un bloc illusoire, une vaste mosaïque

Fruit naturel d’une lente transition vers un modèle de croissance promouvant la consommation et les services, le ralentissement chinois est évident. Il est cependant inutile d’adhérer aux discours anxiogènes et d’afficher des prévisions de crois-sance aussi alarmistes que peu fiables. Pourquoi la Chine ralentirait-elle brutalement au-delà de ce que souhaitent les autorités de Pékin ? Celles-ci disposent en effet de moyens classiques, mais efficaces de soutien à l’activité : assouplissement monétaire et investissement public qui alimen-teront l’endettement interne, retarderont l’assainis-sement financier et la transition tant souhaitée. Mais, la Chine dispose surtout d’un atout majeur : elle peut relever ses défis sans pressions exté-rieures. Elle est à l’abri d’un brusque tarissement des flux de financements en devises, notamment sous la forme d’investissements de portefeuille par essence volatils, puisqu’elle n’a pas besoin d’y recourir.

Ce n’est pas le cas de la vaste majorité des pays émergents. Ceux-ci, sans grande distinction de la part des marchés, ont dû avaler la potion amère de la montée de l’aversion au risque née des anticipations de resserrement monétaire améri-cain, de la chute des cours des matières premières liée au ralentissement d’une économie chinoise énergivore et des spéculations sur l’ampleur de ce dernier. Ce désamour s’est traduit par une envolée des primes de risques sur leurs dettes en devises et une dépréciation violente de leurs taux de change. Cette crise révèle des fragilités que les années de prospérité avaient dissimulées : des contraintes extérieures difficiles à desserrer, une demande interne insuffisamment mûre (malgré l’émergence de classes moyennes) pour amortir un choc extérieur, des outils de politique écono-mique grippés, car les marges de manoeuvre monétaire et budgétaire sont limitées.

Au sein de ce supposé « monde émergent », raccourci facile, se distinguent néanmoins des histoires et des trajectoires singulières. Si l’on peut espérer que la Russie sorte de récession, le Brésil, en proie à une crise politique majeure, ne renouera pas avec la croissance. La croissance des pays émergents devrait ainsi péniblement accélérer pour être légèrement supérieure à 4% en 2016.

Politiques monétaires : des divergences croissantes, une dépendance mutuelle

Ayant rempli son mandat en termes d’emploi et s’approchant (bien que lentement) de son objectif d’inflation, la Federal Reserve va resserrer ses conditions monétaires très graduellement, très pru-demment. Sa tâche est périlleuse. Dans le sillage de la hausse de son taux directeur, elle ne peut prendre le risque d’une forte remontée des taux longs. La faiblesse de ces derniers a soutenu et alimente encore la reprise. Elle devra, en outre, veiller à limiter l’appréciation du dollar, dans un contexte où les risques (notamment incarnés par la chute des devises émergentes) qui ont marqué l’année 2015 se sont atténués, mais n’ont pas disparu et où la Banque centrale européenne (BCE) continuera de mener une politique extrême-ment, – voire encore plus – accommodante. Si les anticipations d’inflation qu’elle cherche désespéré-ment à ancrer pour les voir tendre vers sa cible de 2% ne se redressent pas, la BCE se dit prête à agir. Elle dispose d’une palette d’instruments allant du taux de dépôt à l’élargissement du Quantitative Easing (nature des titres achetés, volume des achats, allongement). Mais elle devra les manier avec prudence, voire agir avec parcimonie, et garder des munitions : la reprise en zone euro est certes en place, mais les hypothèques interna-tionales ne sont pas toutes levées. Sa tâche ne sera donc pas si aisée qu’il peut a priori sembler.


Crédit Agricole S.A. — Études Économiques Groupe
Perspectives – L’analyse économique et sectorielle du Groupe Crédit Agricole
N°16/372 – 18 décembre 2016
Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE
Rédacteurs en chef : Jean François PAREN – Catherine LEBOUGRE

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