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03/12/2015
LA FIN DU REVE AMERICAIN
Par Isabelle JOB-BAZILLE, Directrice des études économiques du Groupe Crédit Agricole S.A.
Une génération en plein malaise

L'anglo-américain Angus Deaton, professeur à Princeton, a reçu le 12 octobre dernier le prix Nobel d’économie. Spécialiste de la mesure de la pauvreté et du bien-être mais également théoricien de la consommation, ses recherches, fondées sur une analyse empirique de terrain, ont contribué à enrichir la théorie économique. Sa dernière étude* s’intéresse à la montée alarmante du taux de mortalité chez les Américains d’âge mûr et de race blanche, symptôme d’une génération en plein malaise. 

Selon ces travaux, entre 1970 et 2013, grâce à la prévention et aux progrès de la médecine, le taux de mortalité des Américains âgés de 45 à 54 ans a reculé de 44 %. La tendance est commune à l’ensemble des pays développés et également observable parmi les différents groupes ethniques aux Etats-Unis à l’exception notable des Américains de race blanche non hispanique. Pour cette cohorte de population, le taux de mortalité a connu un point d’inflexion à partir de 1998 et progresse depuis au rythme de 0,5 % par an.  Environ 500 000 vies auraient pu être épargnées si le rythme de baisse de 2 % par an, observé avant cette date, s’était poursuivi. Seule l’épidémie de Sida a été aussi coûteuse en vies humaines, ce qui met en perspective la gravité de ce phénomène singulier.

 Les causes de ces décès prématurés traduisent des comportements à risque ou des situations de détresse avec au rang des principales explications les suicides, l’abus d’alcool ou de drogue, les maladies chroniques du foie et les cirrhoses. En affinant l’analyse, les deux auteurs montrent que les Américains les moins éduqués, ayant un diplôme d’études secondaires ou moins, sont les plus touchés avec en 15 ans une augmentation de la mortalité de + 134 pour 100 000, contre seulement + 34 pour 100 000 pour les Américains de race blanche dans la force de l’âge tous niveaux d’éducation confondus. 

Cette souffrance traduit un malaise social profond. Les baby-boomers de la classe moyenne inférieure font sans doute l’amer constat que leur niveau de vie ne s’améliore pas, faisant écho à la longue stagnation du revenu médian aux Etats-Unis. Ils sont inquiets pour leur retraite face au risque de sous-capitalisation des fonds de pension. Cette population, pas ou peu qualifiée, a en outre particulièrement souffert de la crise tandis que les emplois-type qu’elle occupait sont progressivement balayés par la révolution numérique. Le faible taux d’emploi, lequel ne dépasse guère les 50 %, témoigne bien d’un phénomène permanent d’exclusion sociale. C’est en quelque sorte le rêve américain qui s’est évanoui et avec lui l’aspiration à une vie meilleure, de quoi générer suffisamment de stress et d’angoisse pour développer des comportements répétitifs et morbides, symptômes de conduite pathologique.

 Ce constat a de quoi inquiéter sachant que la vague numérique n’a probablement pas fini de détruire des emplois intermédiaires, dont la plupart sont occupés par les classes moyennes. Historiquement, une classe moyenne nombreuse et prospère est une ancre de stabilité, un socle de la démocratie et un moteur de la création de richesse. Que nous prépare alors un monde où ces emplois disparaissent ? Si, comme le dit Voltaire, le travail éloigne de nous trois grands maux- l’ennui, le vice et le besoin- alors la détresse et la souffrance exprimées aujourd’hui par les Américains d’âge mur risquent demain de s’étendre à des couches plus larges d’une classe moyenne angoissée par le risque de déclassement et d’appauvrissement.

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