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03/05/2016
Chine
Conjoncture
6,7% de croissance, et après?

Les chiffres du premier trimestre pour l’économie chinoise sont tombés. Le PIB est en hausse de 6,7%. Il y a des signes de stabilisation du côté de l’industrie et de l’investissement. Et l’immobilier va mieux.

  • Au revoir les inquiétudes sur l’économie chinoise ? Non. Si la croissance reste assez soutenue, c’est au prix de la hausse continue de l’endettement, donc au détriment de sa qualité.
  • Cela n’a pas échappé à S&P et Moody’s. Les deux agences de notation ont placé le souverain chinois sous surveillance négative en mars.
Une décision contestée par les dirigeants chinois… dont la politique récente illustre pourtant bien les dilemmes auxquels ils sont confrontés en cette période de (nécessaire) transition économique.

En mars, ça repart 

La production industrielle a augmenté de 6,8% sur un an en mars, comparé à une hausse de 5,4% le mois précédent. Les ventes au détail, elles, ont crû de 10,5%, soit de 0,3 point de pourcentage de mieux qu’en février. Quant à l’investissement, sa progression est passée de 10,2% (en février) à 10,7% (le mois dernier).

Même topo dans l’immobilier résidentiel, avec la poursuite du rebond amorcé en janvier/février à la fois du côté des nouvelles mises en chantier, des ventes et de l’investissement.
Par ailleurs, les exportations ont augmenté de 11,5% sur un an en mars après avoir chuté de 25,4% le mois précédent ; elles n’ont plus connu une telle progression depuis février 2015. Et si les importations ont de nouveau reculé, c’est presque moitié moins vite qu’en février ; de 7,6% au lieu de 13,8%.

De telle sorte que le PIB a progressé de 6,7% sur un an durant les trois premiers mois de 2016. C’est moins qu’au trimestre précédent (6,8%), mais à la marge seulement. De telle sorte, aussi, que l’excédent commercial s’est établi à 604 Mds USD en données cumulées sur douze mois en mars, après avoir reculé à 577 Mds USD le mois d’avant.

De quoi être rassuré ?

Ces chiffres du premier trimestre confortent quelque peu le scénario central retenu par la majorité des analystes et autres observateurs de l’économie chinoise d’un ralentissement contenu à court terme. Et ils apaisent, dans l’immédiat, les interrogations et inquiétudes des marchés.


Mais ils sont aussi la résultante d’une politique budgétaire expansionniste et d’une politique monétaire accommodante, dont témoigne la hausse soutenue des financements à l’économie au cours du passé récent. Donc, une performance de croissance au prix d’une hausse de l’endettement domestique, pourtant déjà très lourd (210% du PIB hors dette du gouvernement central).

De plus, alors que la « nouvelle » économie, celle de la consommation et des services, tendait à prendre le relais de « l’ancienne », celle de l’investissement et de l’industrie, depuis plusieurs mois, ce mouvement semble avoir quelque peu marqué le pas au trimestre dernier. Et cette question, s’agit-il d’une simple pause ou est-ce le signe d’objectifs divergents et de plus en plus difficiles à concilier, entre le maintien de la croissance à plus de 6,5% et le rééquilibrage de l’économie chinoise ?

Bref, si la dynamique de l’économie chinoise reste à un niveau satisfaisant, sa qualité continue d’interroger. Elle tendrait à se détériorer, en particulier sous l’angle de l’endettement. Elevé et en forte augmentation ces dernières années, ce dernier pose la question du risque de crise financière (suivie d’un hard landing) et, de façon plus aigüe, celle du ralentissement durable et marqué de l’économie chinoise (car cette dette non seulement a un coût croissant avec son niveau et pèse d’autant sur l’activité économique, mais encore ne peut augmenter indéfiniment).

De nouveau sous surveillance négative

La récente décision de S&P de placer la note souveraine de la Chine sous surveillance négative n’est donc pas complètement surprenante. Moody’s avait d’ailleurs fait de même peu avant, début mars.

L’agence de notation justifie ce geste par le sentiment que « au cours des cinq prochaines années, la Chine va montrer des progrès modestes en matière de rééquilibrage de l’économie et de décélération de la croissance du crédit », des progrès « plus lents » qu’escompté.
Et l’agence de craindre ainsi de voir « les risques économiques et financiers susceptibles d’altérer la solvabilité du gouvernement » augmenter progressivement et, par là même, « la résistance de l’économie chinoise aux chocs » diminuer.
Le fait est qu’outre cette problématique de la dette, l’ampleur des réformes requises pour rééquilibrer l’économie et assurer la transition vers un nouveau modèle de croissance (financières, fiscales, institutionnelles…) et la taille des obstacles à surmonter pour progresser dans cette voie (notamment politiques) appellent raisonnablement à la prudence. Les risques augmentent.

 À la lumière des efforts fournis pour lutter contre la pauvreté

Pékin s’est empressé de minimiser cette décision (ainsi que celle de Moody’s) en précisant que l’agence de notation non seulement surestime les difficultés auxquelles l’économie chinoise est confrontée, mais encore sous-estime la capacité des dirigeants chinois à réformer l’économie et à contenir les risques.

Le nouveau critère d’évaluation (il y en a plusieurs) des officiels provinciaux de haut rang introduit à la mi-mars, à savoir les efforts fournis pour lutter contre la pauvreté, illustre pourtant bien les dilemmes auxquels Pékin est confronté. L’objectif officiel est de sortir les 60 millions de personnes identifiées comme encore pauvres de cet état (de pauvreté) d’ici à 2020. Louable. Mais il s’agit aussi, et peut-être avant tout, de conforter la légitimité du régime de parti unique et le pouvoir du PCC.

Cela ne risque-t-il pas, cependant, de replacer la croissance au cœur des préoccupations des dirigeants locaux (longtemps évalués, et jusqu’à il y a encore peu, quasiment sur ce seul aspect) ? Sans la forte croissance des trente dernières années, ce n’est sans doute pas 700 millions de Chinois qui seraient sortis de la pauvreté, mais beaucoup moins. Et alors de rappeler ici que c’est également la course à la croissance qui a conduit aux surcapacités industrielles, au surendettement domestique et aux problèmes de pollution auxquels la Chine est aujourd’hui confrontée…

Directeur de la Publication : Isabelle Job-Bazille - Rédacteur en chef : Armelle Sarda
Documentation : Dominique Petit - Statistiques : Robin Mourier
Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty
Perspectives -  N°16/123 – 26 avril 2016

 

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