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21/04/2016
France - Programme de stabilité 2016
L’analyse économique et sectorielle du Groupe Crédit Agricole
Déficit/PIB réduit à 3,3% en 2016 et 2,7% en 2017

Le gouvernement a présenté le 13 avril le « programme de stabilité » 2016-2019. Ce document décrit la stratégie en matière de finances publiques sur cette période. Il fournit les principaux objectifs de cette stratégie, un scénario macro-économique et une trajectoire pluriannuelle des finances publiques.
  • Le déficit public serait ramené à 3,3% du PIB en 2016 et 2,7% en 2017, après 3,5% en 2015. L’objectif d’un déficit inférieur à 3% du PIB serait donc atteint en 2017.
  • Au sein de l’effort structurel, la priorité est donnée aux dépenses, avec un effort d’économies de 50 milliards € en 2015-2017. De nouvelles économies sont toutefois prévues (3,8 milliards en 2016 et 5 milliards en 2017) pour compenser les effets d’une très faible inflation. Parallèlement, les prélèvements obligatoires diminuent peu à peu.
  • La dette publique, qui atteint 95,7% du PIB en 2015, continuerait à remonter, mais modérément, jusqu’à 96,5% en 2017 ; elle s’infléchirait à partir de 2018.
  • Ces chiffrages reposent sur des hypothèses de croissance assez prudentes (1,2% en 2015, 1,5% en 2016 et 2017).

Les engagements budgétaires de la France

Le déficit public français s’est réduit plus vite que prévu en 2015, et a atteint 3,5% du PIB (contre 3,8% estimé précédemment). Les cibles pour 2016 et 2017 restent inchangées à 3,3% et 2,7%.
L’objectif d’un déficit en deçà de 3% du PIB serait donc atteint en 2017.
Les principaux objectifs de la politique budgétaire sont les suivants :
  • Continuer à réduire les déficits publics, afin de respecter les engagements européens et de réduire peu à peu le ratio de dette publique sur PIB. Celui-ci reste élevé, 95,7% en 2015, après 95,3% en 2014.
  • Réduire le déficit/PIB en deçà de 3% en 2017 et ramener le déficit structurel à un quasi-équilibre en 2018-2019.
  • Concentrer l’effort structurel sur les dépenses publiques, avec 50 milliards d’économies prévus en 2015-2017. La croissance des dépenses en valeur sera très modérée, 1,1% par an en 2016-2017, après 0,9% en 2015, à comparer avec 3,2% par an en moyenne en 2007-2012.
  • Dans le même temps, réduire les prélèvements obligatoires (à travers notamment la montée en puissance du CICE et du pacte de responsabilité et de solidarité), afin de restaurer la compétitivité des entreprises et de soutenir la croissance et l’emploi.

La croissance se redresse peu à peu, ce qui améliorera légèrement le solde conjoncturel et facilitera le respect des objectifs ci-dessus. Il faut en revanche tenir compte d’une inflation qui redémarre moins vite que prévu et restera quasi-nulle en 2016, ce qui pèse sur les déficits, via notamment le rendement des économies en dépenses. D’où la mise en place de 3,8 milliards d’économies supplémentaires en 2016 et 5 milliards en 2017.

Des hypothèses de croissance prudentes

Pour 2016-2017, le cadrage macro-économique officiel prévoit une accélération mesurée de la croissance : 1,5% en 2016 et 2017 après 1,2% en 2015. L’inflation, nulle en moyenne en 2015, atteindrait 0,1% en 2016 et 1% en 2017.

Cette reprise progressive est permise par une série de facteurs. L’environnement extérieur sera relativement favorable : croissance assez dynamique aux États-Unis et au Royaume-Uni, reprise graduelle en zone euro. Ceci joint à la dépréciation de l’euro (en 2015) permettrait un redémarrage des exportations. Ensuite, la consommation des ménages croîtrait d’environ 1,5% par an, grâce à la baisse du prix du pétrole, au redressement graduel de l’emploi et aux mesures de soutien du pacte de solidarité. Enfin, l’investissement des entreprises redémarrerait, en liaison avec les mesures de soutien mises en place (CICE, Pacte de responsabilité, amortissement exceptionnel de 40%), la baisse des taux et le repli des prix énergétiques. Il progresserait de 3,2% en 2016 et 3,8% en 2017.


Notre prévision est du même ordre, mais un peu plus prudente pour la croissance du PIB. 

Nous prévoyons une croissance de 1,2% en 2016 et 1,4% en 2017.
La croissance française reste affectée par un certain nombre de freins, notamment le déficit structurel de compétitivité, qui ne se résorbera que progressivement, et le niveau élevé du taux de chômage. L’investissement des entreprises devrait repartir plus lentement, en dépit des facteurs positifs cités ci-dessus, et en raison de la faiblesse relative des débouchés et de l’absence de tensions sur les capacités de production.

Retour sur le déficit public 2015

Le déficit public a finalement atteint 3,5% du PIB en 2015, niveau plus faible que celui estimé dans la loi de finances 2016, 3,8%.

Le déficit 2015 s’est donc réduit significativement, de 0,5 point de PIB (3,5%, après 4% en 2014). Ceci a été obtenu par un effort structurel important, 0,7 point de PIB. L’effort en dépenses a été marqué, 0,8 point de PIB (cf. définition dans l’encadré). La croissance des dépenses en valeur (hors crédits d’impôt) a été limitée à 0,9%, rythme nettement plus faible que celui de la croissance du PIB potentiel en valeur, 2,2%.

On peut noter en particulier une faible hausse des rémunérations en valeur (1%, après 2% en 2014), un freinage des prestations sociales (1,8%, après 2,2% en 2014), un net recul de la charge d’intérêts (-4,5%) et un repli marqué de l’investissement (-5,1%), notamment dans les collectivités locales, avec la fin du cycle électoral communal.

En revanche, les mesures d’allègement des impôts et charges (pacte de responsabilité notamment) réduisent l’effort structurel, de 0,1 point de PIB. D’autres éléments affectent le solde structurel, notamment les effets d’élasticité, qui jouent défavorablement (élasticité spontanée des recettes à l’activité inférieure à 1). La croissance modérée et surtout une inflation quasi-nulle réduisent la croissance spontanée des bases taxables (salaires, consommation…), qui est ainsi inférieure à celle du PIB.

Le déficit structurel a ainsi été réduit de 0,5 point de PIB, passant de 2,1% du PIB en 2014 à 1,6% en 2015.

Le déficit conjoncturel est resté stable à 1,9% du PIB. La croissance du PIB a en effet atteint 1,2% en volume en 2015, rythme très proche de celui de la croissance potentielle, 1,1%.

Éléments sur le déficit public 2016

Le déficit public devrait atteindre 3,3% du PIB en 2016, soit une légère réduction par rapport à 2015 (3,5%). L’analyse des composantes du déficit est assez similaire à celle décrite pour le déficit 2015.

Le déficit conjoncturel resterait quasi-stable, à 1,8% du PIB après 1,9% en 2015. La croissance est prévue à 1,5% en volume et la croissance potentielle estimée à 1,5% également.

Le déficit structurel passerait de 1,6% à 1,3% du PIB. Cette réduction est relativement faible.

L’effort structurel serait pourtant plus marqué, 0,5% du PIB, et principalement imputable aux dépenses. L’effort en dépenses atteindrait 0,7% du PIB. La hausse des dépenses est prévue à 1,1% en valeur. Ce rythme est très modéré, et obtenu par les mesures d’économies en dépenses déjà décidées, à hauteur d’environ 21 milliards.

Toutefois, ces mesures ne sont pas suffisantes et des économies supplémentaires ont été annoncées, à hauteur de 3,8 milliards, pour compenser les effets de la faible inflation (cf. encadré). En sens inverse, les mesures nouvelles en matière de prélèvements obligatoires (montée en charge du pacte de responsabilité et de solidarité) réduiraient l’effort structurel de 0,2 point.

L’élasticité des prélèvements obligatoires à la croissance resterait à nouveau inférieure à 1. Elle atteindrait 0,9. Le déficit structurel serait ainsi réduit de 0,3 point de PIB, ce qui, compte tenu de la baisse de 0,1 point du PIB du déficit conjoncturel et de la prise en compte de certains éléments exceptionnels (« one-offs »), conduirait à une réduction assez modérée, de 3,5% à 3,3%, du déficit/PIB.

Éléments sur le déficit public 2017

Le déficit public se réduirait plus nettement en 2017, à 2,7% du PIB.

Le déficit conjoncturel serait stable à 1,8% du PIB, avec une croissance du PIB et une croissance potentielle évoluant au même rythme.
Par ailleurs, l’élasticité des recettes à la croissance retrouverait son niveau « normal » de 1.

La réduction du déficit global serait donc permise par une diminution assez marquée du solde structurel, de 0,5 point de PIB.

L’effort passera à nouveau par les dépenses. Celles-ci seraient en hausse de 1,1% en valeur, ce qui conduirait à un effort en dépenses de 0,7 point de PIB. Comme en 2016, l’effort en dépenses est renforcé par rapport aux mesures déjà prévues dans le plan de 50 milliards d’économies en 2015-2017 (avec 5 milliards d’économies supplémentaires).

En sens inverse, les nouvelles mesures prévues dans le pacte de responsabilité et de solidarité vont réduire l’effort structurel, à hauteur de 0,3 point de PIB.

Au-delà, en 2018-2019, le solde public continuera à se réduire, à 1,9% puis 1,2% du PIB, grâce à une poursuite de l’effort en dépenses et à une croissance plus soutenue, permettant d’améliorer le solde conjoncturel.

50 milliards d’économies en dépenses prévus en 2015-2017

Nous en rappelons brièvement les principales mesures (sachant que de nouvelles mesures d’économies sont prises, à hauteur de 3,8 milliards en 2016 et 5 milliards en 2017 pour respecter ce plan).

  • 19 milliards d’économies sur les dépenses de l’État et de ses agences
    Maîtrise de la masse salariale publique, mutualisation accrue sur les achats et les systèmes d’information, maîtrise des dépenses de fonctionnement, recentrage des dépenses d’intervention. Par ailleurs, la charge de la dette se réduit, du fait du très bas niveau des taux d’intérêt pour atteindre 1,9% du PIB.
  • 10 milliards d’économies sur les dépenses d’assurance-maladie
    Ralentissement de l’ONDAM, objectif de hausse des dépenses d’assurance-maladie, fixé à 2% en 2015 et 1,75% par an en 2016-2017, rythmes inférieurs à la croissance tendancielle des dépenses de santé (estimée à 4% environ par an en valeur) : meilleure efficacité de la dépense hospitalière, développement de la chirurgie ambulatoire, moindres dépenses de médicaments, réduction du nombre d’actes médicaux.
  • 10 milliards d’économies sur les autres dépenses de Sécurité Sociale
    Mesures d’économies sur la branche famille (modulation des prestations familiales en fonction des revenus). Économies réalisées sur les régimes de retraite complémentaire AgircArrco. Montée en charge des réformes des retraites de 2010 et 2014. Coûts de gestion des caisses de Sécurité Sociale réduits (dématérialisation, simplification…).
  • 10,5 milliards sur les collectivités locales
    La dotation globale de fonctionnement de l’État aux collectivités locales est réduite de 10,5 milliards sur la période 2015-2017.

Éléments sur la dette publique

Le ratio de dette publique, 95,3% du PIB en 2014, s’est légèrement accru en 2015, à 95,7%. Il continuerait à remonter un peu en 2016, à 96,2%, et en 2017, à 96,5%. Ces ratios sont calculés en tenant compte du soutien financier aux États de la zone euro.

Cette hausse modérée du ratio de dette publique s’explique par la réduction des déficits et le redémarrage de la croissance nominale du PIB. L’écart est ainsi de plus en plus limité entre le déficit public effectif et celui qui permettrait de stabiliser le ratio d’endettement (-2,3% du PIB en 2016). Le ratio dette/PIB devrait se réduire à partir de 2018.

En conclusion, l’effort en dépenses programmé est marqué. Les hausses annuelles sont de l’ordre de 1% en valeur en 2015-2017, ce qui représente un effort d’économies constant et soutenu, par rapport à des hausses tendancielles plus fortes, de l’ordre de 3% par an en valeur. De plus, la priorité donnée à l’effort en dépenses et non aux hausses de prélèvements est un point positif. Les ajustements en dépenses sont généralement plus durables et moins défavorables à la croissance que les efforts en recettes.

Le ratio dépenses publiques/PIB reste toutefois un des plus élevés d’Europe et ne va se réduire que lentement, de 56,1% en 2014 à 55,3% en 2015, 54,6% en 2016 et 54% en 2017. Ce ratio atteint 49,1% en 2014 et 48,4% en 2015 dans l’ensemble de la zone euro. Les économies en dépenses devront ainsi être poursuivies, ce qui est d’ailleurs programmé pour 2018-2019, afin de dégager des marges de manœuvre pour diminuer les prélèvements obligatoires.

Par ailleurs, le ratio de dette publique va se stabiliser, puis se réduire. Il reste toutefois très élevé et nettement supérieur aux niveaux antérieurs à la crise de 2008-2009. Toute mauvaise surprise sur la croissance ou l’inflation le ferait remonter à nouveau. Les efforts de réduction des dépenses et des déficits devront donc être maintenus au cours des prochaines années.


L’analyse économique et sectorielle du Groupe Crédit Agricole
Perspectives
Apériodique – n°16/114 – 18 avril 2016
Directeur de la Publication : Isabelle Job-Bazille
Rédacteur en chef : Armelle Sarda
Documentation : Dominique Petit
Statistiques : Robin Mourier
Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty 

06/04/2016
Editorial
Pays emergents
Pas encore morts

L'Institut de Finance Internationale (IFI) estime à 37 milliards de dollars les flux de capitaux reçus par les pays émergents en mars. Ce n'est que le deuxième mois consécutif de flux positifs après sept  mois de repli, mais c'est un niveau très au-dessus de la moyenne, et le plus élevé depuis juin 2014. Il est partagé à peu près par moitiés entre les actions et les obligations.

Un autre indice, la détente du prix des CDS : le 5 ans mexicain est ainsi revenu de 230 pdb le 11 février à 155 le 30 mars. Faut-il en conclure que l'épisode d'aversion au risque, et surtout d'aversion au risque émergent, est maintenant derrière nous ?

Sans doute pas. Les risques baissiers restent présents : incertitudes sur l'économie chinoise, crise politique (durable ?) au Brésil, contexte économico-politique (le prix bas du pétrole et ses conséquences budgétaires) au Moyen-Orient... sans oublier la perspective d'une remontée des taux américains et ses conséquences sur des corporates émergents parfois trop lourdement endettés.

Mais il n'y a pas que ces risques. De la part des investisseurs, il y a d'abord des considérations de court terme. Beaucoup d'actifs « émergents » sont devenus très bon marché, en particulier ceux cotés en monnaies locales. Et on peut considérer que, sauf accident (une nouvelle chute du prix du pétrole, ou une improbable remontée brutale des taux américains), l'essentiel de la correction sur les taux de change est derrière nous. Il y a aussi la recherche de rentabilité, alors que celle des « valeurs  refuges » (les titres souverains des pays développés les plus solides) est très faible, et que même  elle du high yield est orientée à la baisse (le spread sur les corporates américains notés BBB est tombé de 300 à 230 pdb en quelques semaines en mars). Mais il y a aussi une vraie résilience. En dehors du cas particulier brésilien (et même au Brésil, on commence à voir les exportations manufacturières réagir  à un taux de change plus favorable), la croissance résiste en Europe centrale et dans les pays andins, elle est stable et même progresse dans quelques cas en Asie (Indonésie, Philippines), et même au MoyenOrient, la plupart des pays ont des réserves qui leur permettent de soutenir l'activité jusqu'à des jours meilleurs.

Il reste à espérer que Madame Yellen ne refroidisse pas brutalement ce début de regain d'optimisme (mais elle s'emploie à dire qu'elle ne le fera pas). Et peut-être surtout que cette résistance des émergents ne se convertisse pas en vague d'euphorie qui ramènerait leurs marchés et leurs devises à des niveaux insoutenables.

Les faits marquants de la semaine :

En Roumanie, le gouvernement ose une baisse de la TVA.

En Ukraine, la situation politique est encore confuse, mais le moment important.

 À Oman, la forte chute du prix du pétrole entraîne des déséquilibres macroéconomiques très importants.

En Afrique du Sud, l’inflation est à son plus haut niveau depuis sept ans du fait de la sécheresse.

 En Thaïlande, imbroglio politique persistant.

 Au  Mexique, des exportations atones sauf dans l'automobile, mais une consommation domestique   dynamique.

 

Pétrole, l’Arabie Saoudite ne semble pas vouloir jouer collectif.

Agroalimentaire – produits laitiers frais : Danone, désormais seul maître chez lui en Russie, fait aussi son marché en Afrique.

Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A. 12, place des États-Unis – 92127 Montrouge Cedex 

Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE Rédacteur en chef : Jean-Louis MARTIN


29/03/2016
Actualité de la semaine
En Europe, Le temps n'est pas pour autant à l'euphorie
La panique éloignée, le temps n’est pas pour autant à l’euphorie

Les enquêtes du mois de mars parues cette semaine confirment les données réelles d’activité de janvier : le risque immédiat d’un retournement de l’activité mondiale est écarté. Le risque d’un affaiblissement de la croissance américaine et de la croissance chinoise au cours des prochains mois perd en probabilité. Le rebond de la production industrielle et des ventes au détail est assez général bien que des divergences existent entre les économies avancées et les économies émergentes, mais globalement l’ajustement des stocks en excès accumulés durant l’été est bien avancé et confirmé par les enquêtes de mars auprès des directeurs d’achats. Dans la zone euro, l’indice PMI agrégé de confiance des directeurs d’achat relatif à l’activité dans tous les secteurs retrouve son niveau du mois de novembre, le plus élevé depuis quatre ans et demi. Cependant, dans l’industrie, la confiance reste faible autant dans la zone euro qu’aux Etats-Unis, et en repli en France et au Japon. Ce n’est pas le cas des services où la confiance a augmenté des deux côtés de  l’Atlantique et particulièrement en Allemagne. Les enquêtes allemandes (Ifo et ZEW) ont délivré un message moins net mais nous fournissent néanmoins un résultat meilleur qu’anticipé.

Les perspectives s’améliorent, mais le rythme de croissance signalé pour les mois à venir reste modeste, notamment dans l’industrie, où un repli de l’activité n’est pas improbable après le fort rebond de janvier. Si les conséquences des attentats de Bruxelles, qui n’ont pas encore pu affecter les enquêtes du mois de mars (les données ayant été collectées avant le 22), seront limitées sur le plan conjoncturel, elles pourront néanmoins impacter négativement la confiance au cours des prochains mois. C’est sur le front politique que les conséquences pourraient être plus importantes. L’accord avec la Turquie sur les migrants paraît plus que jamais à risque et les opinions en faveur du Brexit pourraient s’en trouver renforcées. Sous la pression des nationalismes et des populismes, les solutions nationales risquent d’être privilégiées et les réformes retardées. Ce n’est pas ce dont l’Europe a besoin, comme l’a souligné M. Draghi avec force la semaine dernière en marge du sommet européen, rappelant à l’ordre les gouvernements européens.

Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A. 12, place des États-Unis – 92127 Montrouge Cedex Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE Rédacteur en chef : Armelle SARDA

21/03/2016
L'actualité de la semaine en Europe
L'horizon se dégage
Analyse économique

Des signaux répétés d’une modeste accélération de l’activité dans les pays industrialisés et un retour de l’appétit pour le risque des marchés dégagent l’horizon de court terme des nuages sombres qui s’étaient accumulés depuis l’été. Par ailleurs, en dépit des interrogations logistiques et légales, l’adoption d’une position commune européenne et son acceptation par la Turquie tempère l’incertitude liée à la crise des réfugiés. Les données d’activité, en décalage croissant avec les données d’enquête, se prêtent à l’hypothèse d’une accélération de la croissance au premier trimestre. Dans la zone euro, le fort rebond de la production industrielle en janvier permet d’anticiper un taux de croissance sur le premier trimestre en accélération, une fois prises en compte les performances plus modestes anticipées en février et mars par des carnets de commandes et des enquêtes plus contrastées. Cette reprise du cycle manufacturier en janvier trouve confirmation dans les trois autres grandes économies avancées et témoigne d’un processus de déstockage arrivé à son terme, après la reconstitution involontaire des stocks au cours de l’été. Si la demande reste aussi dynamique qu’au T4, la production pourra suivre sans être encombrée par des stocks trop importants. Le rebond de la production dans la construction a aussi été important en janvier et, bien que plus marqué dans les pays du centre, il concerne enfin également les pays périphériques.

Entretemps, la publication des données sur l’emploi et les salaires au T4 2015 conforte notre prévision d’accélération de la croissance tirée par la consommation privée. L’activisme de la BCE sur le front des achats de titres souverains et corporate a provoqué une forte compression des primes de risque. A l’heure où nous écrivons l’indice iTraxx a reculé de 12 pb depuis l’annonce de jeudi dernier et l’indiceCrossover (sub investment grade) a connu une baisse plus importante de 47 pb. Le  rendement à 10 ans du souverain a continué de baisser et les primes de risque des périphériques se sont comprimées. Toutes les places boursières européennes ont enregistré des hausses au cours de la semaine allant de 2% à 4%, mais pas suffisamment pour compenser leur recul depuis le début de l’année. En revanche, l’euro/dollar a subi une nouvelle appréciation (1,5%) cette semaine, après le signal d’une fonction de réaction de la BCE moins sensible à l’évolution du taux de change. La publication des enquêtes auprès des directeurs d’achats de la zone euro, conduite dans la deuxième partie du mois de mars, nous renseignera sur l’impact de cette amélioration des conditions financières sur la confiance des agents.

Hebdomadaire – N°16/081 – 21 mars 2016

Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A. 12, place des États-Unis – 92127 Montrouge Cedex Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE Rédacteur en chef : Armelle SARDA

15/03/2016
Edition du 15 Mars 2016
BCE : et croyez-moi, ce sera suffisant !
La BCE a annoncé six nouvelles mesures de politique monétaire

La BCE a annoncé qu’elle augmentait le montant du QE de 20 Mds EUR par mois et qu’elle ajoutait   certaines obligations d’entreprises à la liste des actifs éligibles. Elle a également abaissé ses trois taux directeurs (de 5 pdb à 0% pour le taux de refinancement, de 10 pdb à -0,40% pour le taux de dépôt  et de 5 pdb à 0,25% pour le taux de prêt marginal). La principale mesure, selon nous, est la mise en place d’une nouvelle série de TLTROs  assorties de conditions favorables à partir du mois de juin.

La BCE semble avoir réorienté le cœur de sa politique d’une politique de dévaluation du cours de change et d’assouplissement quantitatif vers un assouplissement sur le crédit – le crédit bancaire avec les TLTROs et l’amélioration des conditions pour les entreprises avec le nouveau programme d’achat d’obligations d’entreprises (ou CSPP pour Corporate Sector Purchase Programme). Cette   décision, bien qu’elle soutienne relativement peu le sentiment de marché, pourrait s’avérer plus   efficace pour soutenir l’économie de la zone euro à moyen terme.

Nous continuons à penser qu’un tel assouplissement n’était pas justifié par la situation économique actuelle : les projections macroéconomiques de la BCE montrent une inquiétude croissante à propos des effets de second tour de la baisse des cours du pétrole sur l’inflation sous-jacente. Cette  accélération du QE pourrait nécessiter un nouvel assouplissement des modalités concernant les achats d’actifs. Nous manquons d’informations détaillées à propos du CSPP et espérons que la BCE abordera le marché des obligations d’entreprises avec prudence.

La réaction des marchés à ces annonces – et en particulier à l’intention affichée par la BCE de ne pas assouplir davantage sa politique monétaire à l’avenir – a été négative. Nous sommes convaincus que la BCE souhaite – et peut – assouplir davantage, mais nous partageons le point de vue de la BCE selon lequel la zone euro n’a pas besoin d’un assouplissement supplémentaire dans un avenir prévisible.

La BCE a annoncé six nouvelles mesures de politique monétaire :


·  Le taux d’intérêt des opérations principales de refinancement de l’Euro système est abaissé de 5 pdb, à 0,00%, à partir de l’opération devant être réglée le 16 mars 2016.
· Les achats mensuels au titre du programme d’achats d’actifs seront portés à 80 milliards d’euros à partir d’avril.

· Le taux d’intérêt de la facilité de prêt marginal est réduit de 5 pdb, à 0,25%, avec effet au 16 mars 2016.

· Le taux d’intérêt de la facilité de dépôt est abaissé de 10 pdb, à -0,40%, avec effet au 16 mars 2016.

· Des obligations bien notées (investment grade) libellées en euros émises par des sociétés  non bancaires établies dans la zone euro seront ajoutées à la liste des actifs éligibles aux achats réguliers. 

Une nouvelle série de quatre opérations de refinancement à plus long terme ciblées (TLTRO II), toutes d’une durée de quatre ans, sera lancée à compter de juin 2016. Les taux d’emprunt lors de ces opérations pourront être aussi bas que le taux d’intérêt de la facilité de dépôt. Ces mesures, qui vont au-delà de ce qu’attendaient les marchés (nous y compris), sont destinées à répondre aux inquiétudes réitérées de la BCE sur l’économie de la zone euro.

 Les prévisions de croissance ont été abaissées de 1,7% (chiffre de décembre) à 1,4% pour 2016 et de 1,9% à 1,7% pour 2017, tandis que les prévisions d’inflation ont été abaissées de 1,0% à 0,1% pour 2016 et de 1,6% à 1,3% pour 2017. Pire encore, la BCE a ramené ses prévisions d’inflation sous-jacente de 1,3% à 1,1% pour 2016 et de 1,6% à 1,3% pour 2017. Dernier point, la BCE prévoit une inflation de seulement 1,6% en 2018. Alors que la BCE s’était montrée trop optimiste ces dernières années, ses prévisions d’inflation sont désormais plus proches des nôtres. Le service de presse de la BCE a indiqué que ces projections n’intégraient que  partiellement l’effet des mesures annoncées ce mois-ci.

Crédit Agricole S.A. — Études Économiques Groupe 12 place des Etats-Unis – 92127 Montrouge Cedex Directeur de la Publication : Isabelle Job-Bazille - Rédacteur en chef : Armelle Sarda

 n°16/075 – 15 mars 2016 louis.harreau@ca-cib.com

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