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20/06/2016
Pays Emergents - 17 Juin
L'actualité de la semaine
Innovation sans croissance ?

La Tribune a publié cette semaine un très intéressant article de Dani Rodrik, l'économiste de Harvard : « L'innovation ne fait plus la croissance ». Sa thèse est la suivante : l'innovation, si elle se limite à un nombre limité de secteurs de l'économie (et c'est hélas ce que l'on observe), n'entraîne pas nécessairement une accélération de la croissance.

Pour lui, dans les pays développés, les secteurs dans lesquels les progrès de productivité résultant de l'innovation technologique sont les plus rapides ne représentent qu'une part mineure du PIB et de la demande finale. À l'inverse, ces progrès sont bien plus modestes dans la santé, l'éducation, les transports, le logement, qui représentent une part bien plus élevée et croissante de la consommation. En outre, si la demande de produits ou de services des secteurs les plus innovants ne croît pas au rythme de la productivité, ces secteurs peuvent même perdre des emplois ; les travailleurs ainsi « libérés » devront se reconvertir dans des secteurs moins productifs. Quand ils ne se retrouvent pas sans emploi : l'impact macro-économique du progrès technologique sur la productivité est alors franchement négatif.

La situation est encore plus préoccupante dans les pays en voie de développement. Historiquement, le principal moteur du « rattrapage » (en termes de PIB et de revenu par habitant) des pays avancés par les émergents était le secteur industriel. La faible qualification des salariés n'y est pas toujours un handicap majeur, en particulier dans les industries à haute intensité de main d'oeuvre, comme le textile. En outre, la diffusion des innovations technologiques et de méthodes avancées de production peut y être rapide : les industries automobiles (y compris la production de pièces) mexicaine, chinoise ou roumaine sont à cet égard des exemples frappants. Enfin, en Chine en particulier, la contribution la plus puissante de l'industrie aux progrès globaux de productivité a été l'absorption massive de travailleurs en provenance d'un secteur beaucoup moins productif, l'agriculture.

Le problème est que la part de l'industrie dans le PIB et dans l'emploi régresse dans la quasi-totalité des pays émergents. Certains résistent, comme le Vietnam, les Philippines, la Slovaquie ou même le Mexique, mais dans beaucoup (toute l'Amérique du Sud y compris le Brésil, l'Afrique sub-saharienne, et même une partie de l'Asie), on a observé depuis quinze ans une « re-primarisation » des économies. De surcroît, les secteurs minier (dans sa partie « formelle ») et pétrolier étant peu intensifs en main d'oeuvre, les travailleurs venant de l'agriculture se retrouvent le plus souvent rejetés dans un informel urbain (services à la personne, construction) où les progrès de productivité sont très faibles.

Comme le rappelle justement Rodrik, l'impact de l'innovation sur la croissance dépend surtout de l'évolution de la structure de la demande finale (consommation des ménages, mais aussi investissements et demande extérieure) : si la part des secteurs les plus innovants dans cette demande ne progresse pas plus vite que leur propre productivité, ce qui semble être de plus en plus le cas, alors la productivité moyenne de l'économie pourrait baisser et la croissance ralentir.

Europe centrale et orientale, Asie centrale

Moldavie – Est-ce qu’on a touché le fond ?

Pas sûr du tout. Sur tous les fronts, les nouvelles sont peu encourageantes. Le pays est en manque de liquidités. Les réserves en devises représentent à peine trois mois d’importations. La dette externe atteint 100% du PIB et le compte courant déficitaire s’est encore creusé en 2015, à presque 7% du PIB. Par ailleurs, les investissements directs étrangers sont en baisse en 2015.
Dans le domaine financier, l’affaire de détournement de fonds impliquant trois établissements bancaires a fortement affecté la confiance des investisseurs. Afin de protéger les dépôts, le gouvernement a dû intervenir pour secourir le secteur bancaire. L’effet immédiat s’est traduit en 2015 par une augmentation de la dette publique. Elle est passée en un an de 38% à 42% du PIB. Et ce n’est probablement pas encore fini, car le secteur est fragilisé par le besoin de recapitalisation et le taux élevé des créances douteuses (10% en 2015).
Enfin, les perspectives de croissance 2016 sont médiocres. En effet, la demande interne souffre de la baisse significative des transferts des émigrés moldaves en Russie et la consommation des ménages en général a très fortement diminué en 2015. Et comme si tout cela ne suffisait pas, les récoltes agricoles ont subi beaucoup de pertes en raison de la sècheresse de l’été 2014, aggravant ainsi le taux de pauvreté. 2016 ne sera donc probablement pas une année de récession, mais pas loin d’une croissance zéro.

Commentaire – Dans un panorama macro-économique aussi morose, le pays doit aussi composer avec une coalition gouvernementale fragilisée. L’effet de la suspension de l’aide du FMI, liée à la mauvaise gestion publique de l’affaire de fraude bancaire, met le gouvernement dans une position délicate. De plus, les nombreuses revendications d’indépendance de la Transnistrie fragilisent la stabilité interne. Nous n’excluons donc pas un risque d’élections anticipées, avec un éventuel retour du parti pro-russe au pouvoir, ce qui aurait des implications en matière de politique économique et de relations commerciales avec l’UE

Turquie – Accélération de la croissance au premier trimestre

Le taux de croissance du PIB au premier trimestre, à 4,8% a/a, est plus élevé que ne l’attendait le consensus. Cela s’explique par une forte contribution de la consommation, à la fois publique et privée. Ainsi, la demande des ménages a été stimulée par la hausse du salaire minimum, par certaines mesures de simplification du marché du travail et par une bonne confiance des consommateurs. En revanche, même si les exportations vers l’Europe se portent bien, la contribution nette du commerce extérieur à la croissance est négative, car l’augmentation des importations est encore plus rapide que celle des exportations.

Commentaire – Ces bons résultats conduisent de nombreux analystes à réviser leurs prévisions de croissance annuelles à la hausse. Mais restons prudents, car l’impact des problèmes de terrorisme sur le tourisme et l’activité en général est mal mesuré et risque d’être plus fort que prévu. Même remarque en ce qui concerne la remontée des cours du pétrole et la situation géopolitique. Enfin, rappelons deux choses :
1 - Tout d’abord, la faiblesse de l’investis-sement, public comme privé. C’est une contrainte sur le profil de la croissance actuelle, qui, comme lors des cycles précédents, repose trop sur la consommation. Le nouveau Premier ministre Yildirim souhaite relancer l’in-vestissement public par des grands travaux d’infrastructures (il va falloir surveiller les garanties de l’État dans ce domaine), mais cela ne suffira pas pour stimuler l’investissement privé à long terme. Pour cela, il faut surtout que les investisseurs aient confiance dans la stabilisation géopolitique et c’est loin d’être le cas.
2 - Cela nous amène au second point : le décalage que nous ne cessons de souligner entre une conjoncture favo-rable et le manque de visibilité politi-que à long terme. C’est une situation assez rare et difficile à estimer pour les marchés, comme pour les investis-seurs. Or, la distorsion de la croissan-ce en faveur de la consommation privée en est pour partie la résultante : cela renforce le court-termisme des agents qui préfèrent consommer leur rente que la réinvestir.


Russie – Désinflation rapide

Avec un taux en glissement annuel de 7,3%, l’inflation russe est plus basse que prévu (et l’inflation sous-jacente diminue également). Cela a permis à la Banque centrale d’entamer un cycle de baisse des taux, avec une réduction de 50 points de base du taux directeur. Ce cycle devrait se prolonger avec une réduction totale sur l’année d’au moins 150 points de base, ce qui représentera au final une stimulation assez forte de l’économie – mais certainement à un rythme progressif, avec des baisses répétées de 50 pdb, car la Banque centrale restera prudente.

Commentaire – Cette politique monétaire accommodante va soutenir la croissance au moment même où l’on s’attend également à une hausse des dépenses budgétaires. Ce policy mix s’explique par les chiffres encourageants du premier trimestre (à savoir : une chute du PIB ramenée à -1,2%, un ralentissement de la baisse du commerce de détail et des salaires réels, une stabilisation de la production industrielle et une hausse des salaires nominaux). Mais cette politique reflète aussi l’entrée de la Russie dans un cycle électoral qui va durer jusqu’en 2018, date des présidentielles.

La priorité donnée à la croissance fait évidemment écho aux objectifs politiques du Kremlin, mais un obstacle peut rapidement se présenter : la croissance potentielle russe reste faible, de l’ordre de 1% (liée au manque d’investissements). De plus, le marché du travail est tendu pour des raisons démographiques (rappelons que le taux de chômage a peu bougé, malgré la récession).

La hausse des salaires nominaux, puis réels, va donc sans doute être plus rapide que prévu, ce qui peut faire basculer ce pays directement de la récession à la surchauffe. Cela peut paraître un peu surréaliste d’évoquer un tel scénario, alors que nous sommes en pleine récession. Mais c’est une préoccupation que la Banque centrale aura, et qui se traduira par une prudence monétaire quand la reprise s’inscrira dans les chiffres (de crédit notamment). 

Afrique du Nord, Moyen-Orient

Jordanie – Approfondissement des difficultés économiques

La Jordanie est confrontée à la détérioration simultanée de sa balance commerciale (qui est déficitaire à 35% du PIB début 2016) en raison de la fermeture de ses principaux marchés d’exportations que sont la Syrie et l’Irak, et de ses finances publiques affectées par le million de réfugiés syriens présents sur son territoire. Les déficits jumeaux sont très élevés à plus de 8% du PIB pour le solde courant et 6% pour le déficit budgétaire. La baisse des prix du pétrole est insuffisante pour réduire significativement les déficits jumeaux.

Commentaire – La principale préoccupation macro-économique reste la difficulté à réduire le déficit budgétaire et le surendettement public qui s’élève à 92% du PIB en mars 2016.Un tiers de cet endettement est en dollar. Le risque de change est donc loin d’être négligeable. Cette année, dans un contexte de crise régionale persistante, la Jordanie devrait toujours bénéficier de soutiens externes pour faire face à la crise humanitaire des réfugiés, mais sur une échelle encore incertaine.

Arabie saoudite – Les immigrés fiscalisés

Afin de redresser les déséquilibres fiscaux et réduire le déficit budgétaire, les autorités saoudiennes ont confirmé qu’elles vont mettre en place un impôt sur le revenu pour les seuls immigrés. À ce stade, le gouvernement n’a pas chiffré ce que ce nouvel impôt pourrait rapporter au budget de l’État. 

Commentaire – La distinction entre étrangers et nationaux dans le paiement des impôts pourrait avoir également pour but de « saoudiser » le marché du travail et faire réduire le chômage des jeunes Saoudiens. Alors que la mise en place d’un impôt sur le revenu est une bonne décision pour réduire le déficit budgétaire, elle pourrait aussi avoir des effets pervers en faisant partir du pays une main d’œuvre essentielle à son fonctionnement au quotidien. D’autres conséquences néfastes pourraient aussi se matérialiser. Notamment, le risque est aussi d’adresser à l’extérieur une image un peu contradictoire. Comment attirer les investisseurs étrangers comme le souhaite le plan de développement « Vision 2030 », si les lois sont clairement discriminatoires à leur égard ?


Égypte – La livre toujours sous très forte pression

Alors que la livre égyptienne cote toujours officiellement à 8,8 par USD, selon le cours fixé par la Banque centrale en mars dernier, son cours au marché noir s’établit désormais à 11. Un écart d’environ 20%, le plus élevé depuis plus d’un an. Le contrôle des changes et des capitaux ne semble pas s’apaiser en Égypte et la pénurie de devises non plus. Malgré des réserves en devises stabilisées à 17,5 Mds USD, le solde commercial et le compte courant donnent peu de signes d’amélioration. L’effondrement des recettes touristiques au premier semestre 2016 va mettre une pression supplémentaire sur les équilibres externes.

Commentaire – La politique de la Banque centrale oscille toujours entre la défense d’un taux de change à 8,8 pour éviter une inflation importée (celle-ci a bondi à 12,3% en mai) qui pourrait créer des tensions sociales et une forme d’assouplissement pour éviter que le cours de la livre ne s’écarte trop du cours officieux et n’alimente le marché noir. À ce dilemme de politique monétaire, s’ajoutent les tensions politiques et les chocs liés au terrorisme qui fragilisent la livre. Une nouvelle dépréciation de plus 10% dans les six prochains mois est tout à fait possible.

Afrique sub-saharienne

Afrique australe – Signature de l’accord de partenariat économique avec l’UE

Le groupe de la Southern Africa Develop-ment Community (SADC), réuni pour la négociation d’un accord de partenariat économique (APE), a finalement trouvé un accord pour signature avec l’Union européenne. Il aura fallu quinze ans de négociation entre le groupe et l’UE pour trouver cet accord sur le commerce et le développement. Ce dernier doit encore être ratifié par les États-membres (Botswana, Lesotho, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud et Swaziland) pour être effectif.

L’UE est toujours le premier partenaire commercial de la zone, avec 22,9% des exportations à destination de l’UE et 29,9% des importations en 2014. Dès la ratification de l’APE par les États-membres, l’intégralité des droits de douane européens pour les produits de la SADC-APE seront supprimés (sauf pour 1,3% des biens sud-africains). La suppression des droits de douane des pays de la SADC est plus faible (74% des biens pour le Mozambique, 86,2% pour les autres pays).

Commentaire – La signature de cet accord controversé est le fruit d’un long processus de négociations entamé en 2000. Une fois l’accord ratifié (ce qui peut prendre plusieurs années encore), quels seront ses impacts ? Incertains. La seule certitude est que les échanges commerciaux augmenteront entre les deux zones. Demeurer le premier partenaire commercial de la SADC, et ce devant la Chine, est d’ailleurs l’intérêt principal de l’UE.

Cependant pour leurs détracteurs, les APE bénéficient plus aux Européens qu’aux pays signataires. Ils feraient perdre à ces derniers des ressources fiscales douanières et entraîneraient une mise en concurrence entre biens européens et nationaux sur les marchés locaux. Sur ces deux points, les résultats d’études d’impact divergent. Face aux critiques, l’APE signé prévoit la possibilité de mesures transitoires pour pallier la baisse des ressources fiscales et protéger temporairement les filières industrielles naissantes.

Cet accord, s’il est positif pour le développement des échanges commerciaux, ne répond pas à une interrogation plus profonde. La diversification des partenaires, avec la croissance des échanges avec les pays émergents, n’a pas été synonyme de diversification des exportations pour les pays sub-sahariens. En 2014, la SADC exportait ainsi à 53% des produits primaires vers l’UE, tandis que 85% de ses importations de l’UE étaient des biens manufacturés. Plus qu’une dépendance envers un nombre limité de partenaires, c’est bien la spécialisation des économies qui est aujourd’hui facteur de fragilité pour la plupart des économies sub-sahariennes.

Nigeria – Le naira désormais flottant

Le gouverneur de la Banque centrale a annoncé que le naira sera désormais en change flottant contrôlé, mettant fin au peg au dollar devenu difficilement soutenable. Ce taux de change flexible sera effectif dès le 20 juin, et une dépréciation immédiate est anticipée (le taux au marché noir est à plus de 350 NGN/-USD, contre 197 au taux officiel).

Commentaire – Cet ajustement n’était qu’une question de temps. Il y a d’une part le taux de change parallèle, près du double de l’officiel. Mais surtout le niveau des réserves de change : elles ont diminué de près de 38% pour atteindre 26,7 milliards de dollars entre janvier 2014 et juin 2016. À court terme, l’ajustement sera coûteux, pour les consommateurs de biens importés et les agents endettés en devises. Toutefois, il lève l’incertitude des investisseurs et améliore la compétitivité-prix des biens nigérians à plus long terme. Nous y reviendrons après les premiers jours d’ajustement.


Asie

Chine – En mai, faux pas…

La production industrielle a progressé de 6% sur un an en mai, soit au même rythme qu’en avril. Les ventes au détail, pour leur part, ont augmenté de 10% ou légèrement moins que le mois précédent, lorsqu’elles avaient crû de 10,1%. De même, l’investissement s’est avéré moins vigoureux le mois dernier, en s’inscrivant en hausse de 9,6% après le plus 10,5% d’avril. Côté immobilier, le mouvement est identique, ou à peu près, en mai. Il est là aussi question de ralentissement. Des nouvelles constructions, dont la progression de 16,2% sur un an est inférieure de presque deux points de pourcentage à celle du mois d’avant. Des ventes, en hausse de 34,2% le mois dernier au lieu de 38,8% en avril. De l’investissement, qui a crû de 7% durant le cinquième mois de l’année au lieu de 7,2% au quatrième.

Commentaire – C’était plus ou moins attendu après les PMI manufacturier et des services de mai tombés en début de mois. Mais quoi qu’il en soit, cela dit plusieurs choses. Que les pressions baissières sur l’activité économique restent fortes ; et du côté de la « vieille » économie (celle de l’industrie et de l’investissement) comme de la « nouvelle » (celle des services et de la consommation), en raison notamment de conditions sur le marché du travail vraisemblablement plus difficiles (l’heure n’étant pas vraiment à l’embauche dans l’industrie, où de nombreuses branches sont en surcapacités de production, et étant plutôt à la précarisation avec le développement de l’emploi dans les services). Que trouver le « bon » policy-mix permettant à la croissance de rester dans la fourchette ciblée cette année par Pékin, entre 6,5% et 7%, s’avère compliqué lorsqu’il faut en même temps assurer la transition vers un nouveau modèle de croissance (portée par la « nouvelle » économie) et que l’endettement domestique est très élevé ; ou autrement dit, s’avère compliqué sans risquer de retarder la première et d’alourdir le second. Que si l’immobilier est un relais de croissance certain en cette première moitié de 2016, les tendances dans le secteur pourraient à présent s’inverser. Elles en esquissent en tout cas le chemin, et la poursuite de ce mouvement s’accorderait avec les mesures prises ces derniers temps dans plusieurs localités pour durcir les conditions d’acquisition et limiter la spéculation, mais aussi avec un stock d’appartements invendus a priori toujours élevé dans l’ensemble du pays.

De plus, cela laisse entrevoir une performance de croissance au deuxième trimestre pas meilleure qu’au premier ; le PIB a alors augmenté de 6,7% sur un an. Ainsi qu’un possible ajustement de la politique économique de Pékin au cours des semaines à venir, avec notamment un accroissement des dépenses budgétaires et une accélération du processus de nettoyage des bilans bancaires ; mais pas nécessairement en faveur du rééquilibrage et de la consolidation de la trajectoire de l’économie chinoise.

Chine – Pas de quoi se réjouir…

Avec le report de l’inclusion des actions chinoises cotées en yuan (les A-shares) dans l’indice MSCI. À dans un an ou éventuellement avant, si les problèmes pointés du doigt et ayant motivé cette décision sont résolus (ou en partie), comme les limites posées pour sortir des A-shares (et des capitaux du pays) ou les nouvelles règles de suspension des cotations dont l’application se fait attendre.

Avec le plus grand rôle dans les processus décisionnels que les cellules du Parti communiste dans les entreprises publiques sont amenées à jouer. C’est du moins le sens de plusieurs articles parus ces derniers jours dans la presse chinoise et, surtout, de divers documents officiels.

Avec les récents commentaires du FMI sur la dette domestique des entreprises. Que l’institution estime à 145% du PIB et juge très lourde et porteuse (à un horizon éventuellement assez proche) d’instabilité financière, si la problématique n’est pas traitée rapidement.

Commentaire – Une source potentielle d’entrée de capitaux qui s’éteint et laisse place à un risque de regain de tensions sur le yuan, du moins à court terme (alors qu’ils étaient nombreux à anticiper l’entrée dans le MSCI). L’engagement de Pékin récemment renouvelé en faveur d’entreprises publiques plus efficaces et fonctionnant plus en fonction des règles et des forces du marché en question. Une dette domestique dont la soutenabilité interroge de plus en plus. Non, pas de quoi se réjouir…

Amérique latine

Pays andins : peu de soucis de finances publiques, sauf en Colombie

Les trois principaux pays andins sont largement investment grade pour les agences de notation : AA-/Aa3/A+ pour le Chili (S&P/- Moody's/Fitch), BBB+/A3/BBB+ pour le Pérou, et BBB/Baa2/BBB pour la Colombie.

Les notations relatives reflètent effectivement une situation plus confortable au Chili, avec un ratio d'endettement plus faible et un développement économique plus avancé que les deux autres pays, des budgets excédentaires ou très proches de l'équilibre et une dynamique de dette très favorable au Pérou, et des indicateurs budgétaire et d'endettement plus difficiles en Colombie.

Au Chili, le ralentissement de l'économie et la chute du prix du cuivre pèsent sur les recettes budgétaires, et Michelle Bachelet est en grande difficulté pour faire accepter une réforme fiscale pourtant souhaitable.

Mais c'est en Colombie qu'une telle réforme est la plus urgente. Si l'économie ralentissait encore, le déficit budgétaire pourrait excéder les 3,6% du PIB attendus cette année, et le ratio dette/PIB dépasser 45% du PIB. Ce niveau serait encore supportable, mais les agences de notation pourraient, si aucune mesure significative n'est prise cette année sur les recettes, abaisser la note souveraine (qui resterait cependant investment grade).

Commentaire – La Colombie vient de bénéficier d'un geste significatif de support du FMI, qui a accepté de porter la « Flexible Credit Line » (FCL, une ligne de crédit réservée aux pays considérés comme « bien gérés » par le Fonds) à 11,5 Mds USD, contre 5,4 Mds antérieurement. Le FMI a en outre assorti l'accord de commentaires positifs sur la « flexibilité » de la politique économique colombienne. La Colombie a annoncé qu'elle n'utiliserait pas a priori la FCL.

Brésil – Le président Temer impliqué personnellement dans l'affaire Petrobras

Sergio Machado, l'ex-président d'une filiale de Petrobras, dont les enregistrements ont déjà fait tomber deux ministres du gouvernement Temer, a mis directement en cause celui-ci dans un témoignage publié par la Cour suprême le 15 juin. Il l'accuse d'avoir sollicité et reçu un financement illégal pour la campagne électorale (in fine perdante) d'un de ses protégés pour la mairie de São Paulo en 2012.

Commentaire – Michel Temer dément les accusations. Mais le président intérimaire et son gouvernement sont encore plus fragilisés. D'autant que l'ancien président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, qui vient d'être invalidé par la commission d'éthique du Congrès, menace de « ne pas tomber seul ».

Venezuela – Forte chute de la production de pétrole

La production pétrolière vénézuélienne est tombée en mai à 2,37 millions de barils/jour. Il s'agit du dixième mois consécutif de baisse, et cela représente une baisse de 15% par rapport au niveau moyen de 2013 (2,78 M b/j), et 7% de moins qu'en 2015, ce qui, au niveau actuel des prix, impliquerait des recettes pétrolières amputées de 2,4 Mds USD sur l'année 2016.

Commentaire – Le gouvernement Maduro donne jusqu'ici la priorité au respect de ses obligations financières extérieures. Mais une nouvelle chute des recettes pétrolières devrait alors se traduire par des restrictions supplémentaires aux importations, alors que les pénuries se multiplient. 

 

 

 Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A.

Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE
Rédacteur en chef : Jean-Louis MARTIN
Europe centrale et orientale, Asie centrale : Tania SOLLOGOUB – Ada ZAN
Afrique du Nord, Moyen-Orient : Olivier LE CABELLEC
Asie : Sylvain LACLIAS
Afrique : Xavier COELN
Amérique latine : Jean-Louis MARTIN
Documentation : Elisabeth SERREAU – Delphine EUPHRASIE
Réalisation et Secrétariat de rédaction : Fabienne PESTY

Hebdomadaire – N°16/164 – 17 juin 2016

13/06/2016
L'actu de la semaine dans les Pays Emergents
Le Brésil
Un scénario rose

Le scénario rose est le suivant :

Nous l'avons entendu de presque toutes les personnes rencontrées lors d'un récent passage à São Paulo. Le ministre des Finances Henrique Meirelles, « entouré de la meilleure équipe possible au Brésil », propose des mesures à la fois audacieuses (la réforme des retraites) et raisonnables (la majorité dont il dispose au Parlement lui permet de les faire voter).

La nouvelle crédibilité de la politique budgétaire, même si le redressement des finances publiques sera lent, permettra (avec le repli de l'inflation) une baisse des taux et un allègement de la charge de la dette publique, et un « retour de la confiance, de l'investissement, et in fine de la croissance ».

Bien sûr, quelques ministres pourraient avoir des « difficultés » et être contraints d'abandonner le gouvernement au cours des prochaines semaines. Mais cela n'ira pas trop loin, parce que même les juges sont conscients qu'il n'y a pas d'alternative à ce gouvernement; ils sauront donc s'arrêter quand il le faudra « pour le bien du Brésil ».

Ce scénario est plausible. Il est même vraisemblable : nous lui accordons une probabilité de 60%. Une large majorité de la classe dirigeante estime, en effet, qu'une chute du gouvernement Temer plongerait le pays dans le chaos.

Si les juges ne l'ont pas compris, on le leur expliquera. Malheureusement, d'autres scénarios sont possibles, en raison de l'évolution politique. Deux ministres ont déjà dû démissionner, pour obstruction manifeste – et dûment enregistrée – à l'enquête sur les détournements chez Petrobras. Mardi 7 juin, le procureur général de la République est allé beaucoup plus loin, en demandant l'incarcération, toujours pour obstruction à la justice, d'Eduardo Cunha, président (suspendu) de la Chambre, de Renan Calheiros, président du Sénat, de José Sarney, ex-président de la République et sénateur, et de Romero Cunha, un des ministres démissionnés, tous du PMDB, le parti de Michel Temer. Les deux premiers sont, dans cet ordre, ses successeurs constitutionnels, s'il quittait son poste de président intérimaire.

Dans ce  contexte, deux autres scénarios doivent être envisagés. Le premier est celui d'un retour au pouvoir de  Dilma Rousseff, si la majorité des deux tiers n'est pas atteinte lors du vote final (en septembre?) du Sénat sur l'impeachment. C'est encore peu probable (10%), mais certains des 55 sénateurs ayant  voté en mai en faveur de la poursuite du processus ont déjà annoncé qu'ils pourraient revoir leur position. Or, l'impeachment a besoin de 54 votes. Ce scénario est l'horreur absolue pour beaucoup à São Paulo, mais sa probabilité en hausse. Comme celle du troisième scénario (30% aujourd'hui), celui dans lequel le gouvernement Temer tomberait tout seul, sous le poids des scandales, la pression des juges, de la presse et peut-être de la rue. Ces deux scénarios ne remettraient pas en cause les perspectives à moyen terme du pays, mais leur matérialisation provoquerait immédiatement de très sévères remous sur les marchés financiers (change, bourse, prix du risque-pays...).

Les faits marquants de la semaine : En Ukraine, le rebond de l’activité se dessine, mais soulève des questions  sur la nature de la reprise. La confiance et l’activité se redressent dans les Émirats Arabes Unis. L'Afrique du Sud  est toujours investment grade, mais est désormais en récession. Et pour quelques  milliards de dollars de plus en Chine... Le déficit budgétaire est en nette réduction au Mexique.

 

Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A.

12, place des États-Unis – 92127 Montrouge Cedex

Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE

 

Rédacteur en chef : Jean-Louis MARTIN

13/06/2016
Actualité de la semaine en Europe
Le 13 juin 2016
Le chaud et le froid souffle sur les marchés.

La moindre probabilité de hausse des taux américains en juin a profité à la fois aux actifs sans risque et aux actifs plus risqués.

Nous saurons cette semaine si la hausse de juillet est encore inscrite dans l’agenda de Mme Yellen. Pour l’instant, les rendements des Treasuries et du Bund à dix ans ont  atteint un point bas. Les primes de risque dans les pays périphériques de la zone euro ont joué au yo-yo au gré des sondages sur le Brexit, mais ont terminé la semaine en baisse. La BCE a initié son  programme d’achat d’obligations d’entreprises, ce qui a davantage comprimé les rendements. Aujourd’hui, non seulement 45% des titres souverains de la zone présentent des taux négatifs, mais aussi 15% du segment corporate. Si ces évolutions tiennent compte des craintes de ralentissement de l’économie américaine et mondiale, au fur et à mesure que les données concernant le T1 2016 sont disponibles, la croissance mondiale est révisée à la hausse. C’est le cas aussi dans la zone euro avec un PIB au T1 plus dynamique qu’initialement annoncé par Eurostat.

Le mois d’avril n’interrompt pas le flux de surprises positives, grâce à une production industrielle qui rebondit avec une vigueur inattendue dans la zone euro, au Royaume-Uni, mais aussi au Japon. Ce n’est pas à cela que les enquêtes nous avaient préparés au cours des mois passés. Et les enquêtes du mois de mai continuent de nous signaler un affaiblissement du rythme de croissance dans le trimestre en cours et au-delà. Le nouvel indicateur avancé de l’OCDE, fraîchement publié la semaine dernière, confirme une dynamique de croissance au mieux stable à l’horizon de six mois autant pour la zone euro que pour l’ensemble des pays membres de l’OCDE.

 Il ne faudra donc pas beaucoup compter sur l’accélération de la croissance pour faire remonter l’inflation dans la zone euro. Heureusement, les premiers effets de base liés aux baisses passées du prix du pétrole vont se manifester au cours des prochains mois pour relever l’inflation. Mais certains membres du Conseil des gouverneurs de la BCE n’ont pas hésité à souligner que la remontée de l’inflation serait un processus très progressif, renforçant ainsi le message envoyé par la BCE avec sa récente révision à la baisse de sa prévision d’inflation pour 2018. D’où l’appel renouvelé de M. Draghi aux gouvernements et aux autres institutions européennes : la politique monétaire ne peut pas pleinement fonctionner sans le soutien des autres politiques. Du pupitre du Forum économique de Bruxelles, il a rappelé qu’il existait un coût certain à retarder les réformes, notamment la réforme de la gouvernance de la zone euro. Ces appels ont vocation à être renouvelés au cours des prochains mois, au gré de l’avancement d’un calendrier électoral européen très dense.

Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A. 12, place des États-Unis – 92127 Montrouge  Cedex

Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE 

Rédacteurs en chef : Armelle SARDA – Paola MONPERRUS-VERONI

02/06/2016
Établissements de santé
Tendances à fin mai 2016
France

L’activité des établissements de santé s’inscrit dans un contexte général d’encadrement des dépenses de soins et d’apurement de la situation déficitaire des caisses de sécurité sociale, difficilement soutenable à moyen et long terme, héritée d’une période moins restrictive. Cet objectif se trouve contrarié par une conjoncture économique durablement dégradée depuis 2008 qui freine la collecte des recettes pour une bonne part assises sur les cotisations salariales, ce qui amène à accentuer les efforts sur le contrôle des dépenses.


Dans ce contexte, une observation de l’évolution de l’activité des établissements de santé permet d’appréhender leurs facultés d’adaptation aux objectifs fixés.

Les données disponibles à la date de publication du présent bulletin mettent en évidence une très légère dérive de l’activité du secteur public tandis que la dérive du secteur privé en début d’année a été nettement corrigée.

  • Dépenses d’hospitalisation (tendances nationales)

Pour apprécier l’évolution de l’activité des établissements de santé, nous avons considéré le niveau quotidien moyen de remboursement du régime général de Sécurité Sociale.

Pour les établissements publics : sur la période 2005-2015, le niveau moyen des remboursements quotidiens a progressé selon un rythme annuel de 2,5%.

Le montant quotidien approche 163 M € sur les deux premiers mois de l'année 2016, soit une progression de 2,1% par rapport au niveau constaté sur la même période en 2015.

L’analyse des évolutions des remboursements cumulés sur périodes comparables d’un exercice à l’autre montre une dispersion assez large sur le premier trimestre qui se réduit ensuite notablement sur le restant de l’année.

Pour ce qui concerne la période de janvier à février 2016, la progression par rapport à l’année précédente est inférieure à la moyenne des variations des années précédentes, ce qui peut laisser envisager une inflexion favorable de l'activité.

Pour les établissements privés : sur la période 2005-2015, le niveau moyen des remboursements quotidiens a progressé selon un rythme annuel de 2,9%.

Le montant quotidien approche 31 M € sur les deux premiers mois de l'année 2016, soit une progression de 1,7% par rapport au niveau constaté sur la même période en 2015. À noter que ces montants ne concernent pas l’activité des prestations des médecins libéraux exerçant dans ces structures et qui font l’objet de feuilles de soins indépendantes, remboursées comme telles.

L’analyse des évolutions des remboursements cumulés sur périodes comparables d’un exercice à l’autre montre une dispersion assez large sur les cinq premiers mois qui se réduit ensuite notablement sur le restant de l’année.

Pour ce qui concerne la période de janvier à février 2016, la progression par rapport à l’année précédente est inférieure à la moyenne des variations des années précédentes, ce qui peut laisser envisager une inflexion favorable de l'activité.

Un écart existe entre la distribution constatée des remboursements et une équi-répartition théorique. Sur ces bases, on constate :
- Pour le public, une suractivité sur la période d’hiver (décembre-mars) et une légère sous-activité sur les huit autres mois ;
- Pour le privé, une sous-activité notable en période estivale juillet/août/septembre compensée par un mois de juin très actif ainsi qu’un dernier trimestre soutenu.

  • Tendances régionales

 

La comparaison des dépenses de santé entre régions est difficile à conduire car par-delà l’impact de facteurs rationnels (e.g. structures démographiques, équipements de soins, densité médicale), ces dépenses reflètent également des éléments multifactoriels (e.g. mode de vie, coutumes, habitudes du corps médical) difficilement quantifiables.En termes d’équipements ramenés à la population, nous constatons que les régions les plus dotées en lits/places sont :
- Pour le MCO, la région Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine, la région Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, la région Bourgogne-France Comté et la région PACA (30,0% de la population, 32,1% des capacités) ;

- Pour le SSR et la psychiatrie, la Bretagne, la Corse, la région Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées et la région PACA (22,4% de la population, 26,2% des capacités)

À l’inverse, les régions les moins dotées sont :
- Pour le MCO, la Corse, l'Ile-de-France, la région Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées et les Pays de la Loire (34,1% de la population, 32,0% des capacités) ;

- Pour le SSR et la psychiatrie, la région Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine, l'Ile-de-France, la région Hauts-de-France1 et les Pays de la Loire (42,5% de la population, 39,0% des capacités)

Pour apprécier le contexte selon le point de vue de l’exploitant d’établissement, nous avons considéré le niveau de remboursement (et donc d’activité) par jour et par lit/place – tous segments confondus – versé par le régime général de la Sécurité Sociale sur les deux premiers mois de l'année de l’année 2016 :
- Les niveaux les plus élevés sont observés en Auvergne-Rhône Alpes, en Ile-de-France, en Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées et en Hauts-de-France (49,4% de la population, 52,1% des capacités confondues) ;
- Les niveaux les plus bas sont observés en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, en Centre-Val de Loire, en Corse et en Pays de la Loire (19,5% de la population, 20,7% des capacités).

À période comparable, l’indicateur au global baisse de -4,5%, noter que dix régions enregistrent une baisse. Parmi les régions les plus affectées, on relève : la région Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine, la Corse, l'Ile-de-France et la région PACA.

Comme dans le cas des capacités hospitalières, on observe une densité de médecins ramenés à la population très hétérogène entre les régions. En revanche, capacités de ville et capacités hospitalières se compensent globalement dans leurs sur/sous-capacités à l’exception de deux régions cumulant faible densité hospitalière et faible densité médicale : la Corse et l'Ile-de-France.

Pour apprécier le contexte selon le point de vue des professionnels de santé (médecins, pharmaciens, IDE, sages-femmes, …), nous avons considéré le niveau de remboursement (et donc d’activité) par jour et par professionnel – toutes professions médicales confondues – versé par le régime général de la Sécurité Sociale sur l'année 2015 :
- Les niveaux les plus élevés sont observés en Corse, en Hauts-de-France, en Normandie et en PACA (22,8% de la population, 22,5% des professionnels confondus) ;
- Les niveaux les plus bas sont observés en Auvergne-Rhône Alpes, en Bretagne, en Centre-Val de Loire et en Pays de la Loire (27,2% de la population, 26,2% des professionnels confondus).

À période comparable, l’indicateur baisse de -1,6% de fait cinq régions enregistrent une progression parmi lesquelles la Corse et la Normandie. Parmi les régions les plus économes, on relève : le Centre-Val de Loire, les Pays de la Loire et la région PACA.

  • Marché de l’emploi de la santé

 

Dans le domaine de la santé privée (sont écartés de facto la fonction publique hospitalière et les médecins en exercice libéral), la population salariée permanente a progressé à rythme annuel voisin de 2,5% sur la période 2000-2011. Depuis lors, la progression annuelle est inférieure à 0,5%. Au quatrième trimestre 2015, la Dares dénombrait une population de 507 000 professionnels de santé salariés permanents du privé.

Dans le domaine de l’hébergement médico-social privé (même remarque que supra), la population salariée permanente a progressé à rythme annuel voisin de 2,6% sur la période 2000-2014. Au quatrième trimestre 2015, la Dares dénombrait une population de 978 200 professionnels salariés permanents, soit près du double du secteur santé.

Conséquence de contrats spécifiques dans le médico-social et la santé (e.g. les vacations), l’emploi temporaire apparaît assez peu développé dans ces secteurs : respectivement 4 245 ETP et 3 910 ETP en décembre dernier.

Les deux secteurs connaissent des évolutions similaires : progression sur la période 2000-2011 (Santé cagr +5,9% ; médico-social cagr +11%) ; repli jusqu’en 2013 (Santé -42% creux en novembre 2013 ; Médico-social -31% creux en août 2013).

Par rapport aux creux de 2013, les niveaux atteints à fin décembre 2015 se situent 15,4% au-dessus en Santé (soit un niveau inférieur de -29,0% au pic de 2011) et 32,1% au-dessus pour le Médico-social (en retrait de 8,5% sur le pic de 2011).

Là encore, la demande d’emploi évolue de façon similaire dans les deux secteurs : relative stabilité sur la période 2000-2009 aux environs de 50 000 demandeurs d’emploi pour la Santé et de 300 000 pour le Médico-social ; puis élévation notable depuis lors.

À fin mars 2016, on dénombrait 187 600 chercheurs d’emploi dans le domaine de la santé – dont 51% de professions médico-techniques (brancardiers, ambulanciers, laborantins, …) – soit une progression de +6,8% par rapport à mars 2015 et 540 500 dans celui du Médico-social (+5,8% par rapport à mars 2015).

  • Éléments immobiliers

 

 

Le SOeS recense selon un rythme mensuel la surface des projets mis en chantier dans le domaine de la santé (hôpitaux, cliniques, EHPAD, …) ayant fait l’objet d’un permis de construire préalable. Pour mémoire, l’obligation de dépôt d’un permis de construire résulte non seulement de constructions nouvelles, mais aussi de travaux réalisés sur des constructions existantes (e.g. rénovation).

Sur la période 2000-2007, la surface des chantiers ouverts a progressé à un rythme soutenu (cagr +13,4%) pour atteindre plus de 2,8 millions de m² en 2007. Depuis lors, l’activité marque un net repli. Le niveau prévisionnel pour 2016 sur la base des ouvertures à fin mars approche de 0,99 million de m², soit un repli de -24,0% par rapport à l’année précédente et un niveau inférieur de -64,8% au pic de 2007. La baisse de la moyenne mobile marque une pause.

Les dernières séries régionales annuelles disponibles concernent l’année 2015 au cours de laquelle plus de 1,1 million de m² de projets de construction et de rénovation ont été engagés en métropole, soit un niveau inférieur de 34% au niveau moyen observé sur la période 2000-2013.

Pour les trois premiers mois de l'année 2016, on constate un repli d’activité significatif dans neuf régions (e.g. Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, Bourgogne-France Comté, Bretagne, Centre-Val de Loire, … 73% de la population), une relative stabilité dans deux régions (Auvergne-Rhône Alpes, Pays de la Loire, 18% de la population) et au contraire un regain d’activité dans deux régions (Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine, Corse, 9% de la population).

Si l’on considère les cinq régions les plus peuplées (49% de la population : Ile-de-France, Hauts-de-France, Pays de la Loire, PACA, Auvergne/Rhône-Alpes), celles-ci ont concentré 51% des projets sur la période 2000-2015. Cet écart résulte de la région Ile-de-France dont le poids en termes de projets est très inférieur à son poids démographique.

Le volume des projets de la période 2000-2015 exprimé en m²/habitants conduit à identifier deux régions s’écartant défavorablement de la moyenne nationale (Corse, Ile-de-France, néant, … 19% de la population), deux régions s’écartant favorablement (Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, Centre-Val de Loire, néant,… 13% de la population). En revanche, neuf régions (68% de la population) ont eu une activité immobilière relativement homogène.

  • Contexte historique

 

 

Historiquement, on constate une dérive des volumes de dépenses de soins.

Par ailleurs, les dépenses en soins et biens médicaux (49% hôpital, 26% ville, 19% médicaments, 9% autres) représentent près de 12% du PIB. Parallèlement, la dette au sens de Maastricht accumulée par les caisses de sécurité sociale atteint plus de 10% du PIB en 2012, étant observé que l’origine de la dette provient principalement des déficits de la branche vieillesse et de la branche maladie.

Les investissements/dépenses de santé se sont accompagnés d’un recul du taux de mortalité qui baisse de 0,2 point, avec pour corollaire un alourdissement de 2,8 points de la part des plus de soixante ans dans la population.

L’Insee ne délivrant pas de statistiques mensuelles sur l’évolution des prix des soins hospitaliers, sont présentées les indications annuelles publiées par la Drees.

Sur la période 2000-2013, le prix des soins hospitaliers progresse très modérément (cagr +0,3%), tandis que les médicaments subissent un effet prix-mix négatif (cagr -2,2%) lié à l’encadrement des prix et à l’impact de la substitution des génériques. Dans le même temps, le prix des soins de ville progresse (cagr +1,4%) selon un rythme proche de l’inflation et les cotisations des contrats de complémentaire santé augmentent notablement (cagr +2,9%) afin de couvrir le vieillissement des assurés et la réduction de la part prise en charge par l’Assurance Maladie.

  • Baromètre de risque

 

 

Le bureau d’études Xerfi publie depuis 2009 un indicateur prévisionnel du risque de défaillances d’entreprises de formats PME et ETI pour plus d’une centaine de secteurs. Dans le cas des établissements hospitaliers privés, le secteur qui évoluait dans une zone de risque limité a vu ce niveau se dégrader en 2013. Toutefois l’allégement progressif du niveau de risque anticipé à compter de 2016 ne semble pas intégrer la baisse des barèmes de la T2A arrêtée en mars dernier.

Achevé de rédiger le 24 mai 2016

 

Crédit Agricole S.A. — Pôle des Études Économiques Groupe
N°16/142 – Mensuel – 24 mai 2016
Directeur de la publication : Isabelle Job-Bazille
Rédacteur en chef : Bernard Monsigny
Documentation : Saadia Moussannif - Statistiques : Robin Mourier
Réalisation & Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty 

 

02/06/2016
PAYS EMERGENTS – L'actualité de la semaine
Éditorial
Les ayatollahs et les hydrocarbures

Hassan Rohani est sans doute en train de réussir son pari de redressement de l’Iran. Après une décennie d’isolement et d’embargo occidental, la production et les exportations de pétrole progressent rapidement (200 000 barils/jour de plus en mars 2016). C’est plus fort et plus rapide que ne l’estimaient les spécialistes. Le retour aux quatre millions de bbl/jour pourrait être atteint bien avant la fin de l’année. Heureuse nouvelle, ceci coïncide avec un léger redressement des prix du brut sur le marché : l’Iranian light est à 45 $. Les exportations vont donc bénéficier doublement de l’effet volume et prix.

 Mais quelle est la situation de l’économie iranienne en ce début 2016 ?

Premier constat : les équilibres macro-économiques sont plutôt bons et le pays est très peu endetté. Les finances publiques sont saines, la balance courante toujours excédentaire. L’économie est assez diversifiée et pas totalement mono-productrice comme les pays du Golfe, même si le poids de l’agriculture reste encore élevé dans le PIB (18%). Avec 80 millions d’habitants (pour seulement 30 au moment de la révolution de 1979) et une population plutôt jeune et assez éduquée, le potentiel humain est élevé. Le pays pourrait également récupérer, au cours des prochains mois, les milliards de dollars de fonds gelés aux Etats-Unis après les mesures d’embargo. Une manne bienvenue pour financer les énormes besoins d’investissements de l’industrie pétrolière ou recapitaliser le système bancaire perclus de créances douteuses. Si le potentiel de redressement est élevé, les défis du pays le sont tout autant. Les outils de la politique monétaire doivent être revus de fond en comble. L’inflation, en baisse début 2016, reste encore élevée et pourrait créer des tensions sociales. Le prix des produits est trop souvent distordu par des subventions généreuses. Le taux de chômage reste élevé à 11% et en légère hausse en 2015. Tâche immense : il faut créer un million d’emplois par an pour absorber les nouvelles générations d’actifs et stabiliser le chômage à 10%. L’amélioration du taux d’emploi des femmes, extrêmement bas (17%), est, quant à lui, un vrai défi sociétal.

Enfin, pour parachever sa réintégration dans les circuits financiers et commerciaux internationaux, d’autres obstacles devront être levés. Des obstacles techniques comme l’adoption des normes financières internationales par les contreparties iraniennes ou l’autorisation des financements en dollar pour les banques internationales. Mais aussi des obstacles politiques et de gouvernance comme l’amélioration de l’environnement des affaires et la lutte contre la corruption, quasi endémique dans le pays. Des défis difficiles à mettre en œuvre. Si le Parlement est acquis à la volonté réformatrice du président Rohani, celui-ci devra aussi composer avec une « Assemblée des Experts » conservatrice et un « Guide suprême », l’ayatollah Khameneï, lui-même très conservateur. Enfin, le retour de l’Iran sur les marchés va évidemment apporter un regain de croissance au pays à condition cependant que le risque géopolitique régional ne perturbe pas trop la scène économique.

Les faits marquants de la semaine

En Hongrie, le souverain retrouve enfin son « investment grade ». En Algérie, l’épuisement du Fonds de régulation des recettes provoque une hausse de la dette publique. Le rapport annuel de la Banque africaine de développement confirme la résilience de nombreux pays africains en 2016. En avril, en Chine, il ne faut pas perdre le fil… Au Brésil, le gouvernement Temer déjà en difficulté.

Études Économiques Groupe – Crédit Agricole S.A.
12, place des États-Unis – 92127 Montrouge Cedex
Directeur de la publication : Isabelle JOB-BAZILLE
Rédacteur en chef : Jean-Louis MARTIN

 

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